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Le blog de PAPOU-NET

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Balade yéménite

31 Août 2021

Octobre 2000, la petite ville de Marib au Yémen. nous sommes trois touristes français accompagnés d'un guide et de deux chauffeurs. Nous attendons la constitution d'un convoi pour nous rendre à la bourgade de Safir. La région n'est pas très sûre et nous devons être accompagnés par des militaires.

Carte du voyage au Yémen
Marib, l'ancienne capitale du royaume de la reine de Saba

 

Jeune femme devant les ruines de l'ancienne Marib

 

Pour le moment il n'y a que nos deux véhicules et nous devons attendre un jour ou deux pour avoir un nombre suffisant de voitures pour la constitution du convoi. Nous en profitons pour visiter les environs. Notamment un barrage construit vers 1500 ans avant Jésus Christ, situé à moins de dix kilomètres au sud-ouest de la ville, et dont la digue mesure plus de six cent mètres le long. Non loin nous découvrons l'ancienne cité de Marib qui fut la capitale du royaume biblique de la reine de Saba. Le guide nous explique que des fouilles menées au sud de la ville ont permis d'exhumer un temple vieux de 3000 ans, nommé Mahram Bilqis. « Bilqis » étant l'un des noms qui est attribué à la reine de Saba par les arabes. Cette découverte constituerait la preuve de l'existence de la mythique reine.

 

 

 

 

Le guide nous demande si nous voulons assister à une fête yéménite. La réponse ne peut être qu'affirmative. Il nous conduit vers une importante maison d'où s'échappe de la musique. A l'extérieur des hommes dansent en exhibant leur jambiya, le poignard traditionnel yéménite. La jambiya est couramment utilisée dans les fêtes comme celle se déroulant devant nous. C'est le principal accessoire de la tenue traditionnelle yéménite. L'arme revêt un statut privilégié dans leur culture en ce sens qu'elle est un indicateur du statut social de son porteur. Les plus belles sont portées par des hauts dignitaires. Certaines peuvent atteindre des prix très élevés, plusieurs milliers de dollars d'après le guide.

Danse yéménite

Nous sommes invités à pénétrer à l'intérieur de la maison pour boire un thé.. Nous quittons nos chaussures pour entrer et découvrons un petit orchestre composé de quatre musiciens : un joueur d' »oud » (sorte de guitare), un joueur de « mizmar » (clarinette) et deux joueurs de « darbouka » (tambours). On pensait boire un thé mais des gens sont en train de manger un plat de riz au poulet. Assis par terre sur un grand tapis autour du plat communautaire, ils nous font signe de venir partager leur repas. Bien sur il n'y a ni cuillère, ni fourchette. Il nous faut utiliser la main, la droite qui est considérée comme pure alors que la gauche sert aux tâches « hygiéniques ». C'est sympa mais la position du lotus n'est pas mon truc et il est impossible d'étendre les jambes. Rapidement cela devient difficilement supportable. Nous demandons au guide de trouver un prétexte pour quitter le repas sans offenser nos hôtes.

Village proche de Marib

Normalement nous devons être au complet pour le lendemain. Les chauffeurs ont fait leur provision de qat en prévision de la traversée du désert. Le qat est une véritable institution au Yémen. Dès dix heures du matin, les hommes yéménites se mettent à la recherche de ces petites feuilles à mâcher pour leur effet stimulant et euphorisant, proche des amphétamines. Les feuilles doivent être fraîches et consommées dans les vingt quatre heures. Près de quatre vingt dix pour cent des hommes s'adonnent au qat; même des enfants de moins de douze ans sont concernés. Les mâcheurs sont reconnaissables à leurs joues gonflées.

Ce soir nous passons la nuit dans une auberge traditionnelle, un funduq. Ce type d'hébergement est assez particulier. Il consiste en une sorte de dortoir où des matelas sont installés les uns à côté des autres à même le sol. Quelle intimité, surtout s'il y a des ronfleurs! Chacun s'installe sur un matelas. Heureusement nous ne sommes pas très nombreux, sinon c'est deux par matelas. A part nous quatre, les chauffeurs et le guide, il y a déjà trois voyageurs yéménites. Contrairement à mes craintes, la nuit se passe plutôt bien. Quelques pets, mais sans plus. On nous réveille de bonne heure; les militaires ont décidé de partir au lever du jour.La route se fait sans encombre et dès notre arrivée à Safir nous cherchons un guide bédouin, indispensable pour la traversée du désert Ramlat as Sab'atayn proche de l'Arabie Saoudite.

Désert Ramlat as Sab'atayn

Pour atteindre la petite ville de Shabwa dans la région de l'Hadramaout, il faut traverser deux cents kilomètres de désert. Il n'y a pas de route. Nous suivons le Toyota du bédouin. Le soir tombe et nous faisons un arrêt pour un bivouac à la belle étoile. Chacun installe son matelas le long de son sac de voyage afin de se protéger d'un éventuel vent de sable. Il ne fait pas froid, le temps est agréable. Le ciel est magnifique et je m'endors la tête dans les étoiles.

Arrivés à Shabwa, nous retrouvons une piste bien tracée. Nous quittons notre accompagnateur bédouin pour nous rendre à Shibam. L'ancienne ville de Shibam est remarquable par son architecture en immeubles de briques de terre de plusieurs étages séparés par un dédale de ruelles. C'est la plus ancienne cité en « gratte-ciel » du monde. On la surnomme la Manhattan du désert. Nous nous rendons directement sur une petite colline surplombant la ville pour assister au coucher de soleil sur la ville. Le spectacle est splendide.

Shibam, la manhattan du désert

Le lendemain, une balade dans les petites rues nous permet de découvrir les portes en bois sculpté ornées d'antiques clous en bronze. Et c'est le départ pour rejoindre la ville de Seiyun où nous arrivons en milieu d'après midi. Nous stoppons devant l'imposant palais du sultan de l'endroit transformé en musée. Mais à mon grand regret, il est impossible de le visiter. Il fait une chaleur difficilement supportable proche de quarante huit degrés à l'ombre. Nous n'avons pas trop le courage de visiter la ville. On remet cela au lendemain pour profiter un peu de la fraîcheur toute relative de la nuit.

Seiyun - Palais du sultan

Une nouvelle nuit en funduq et un tour de ville. Pas grand chose à voir mis à part quelques anciennes bâtisses. L'intérêt de la ville est surtout sa position géographique sur le Wadi (oued) Hadramaout qui est une oasis de près de cent cinquante kilomètres de long, isolée du reste du monde. La vallée est surnommée la vallée aux millions de palmiers. En parcourant le wadi, on est dans un autre monde de verdure. Le contraste avec l'ocre du sable est saisissant. J'avais perdu l'impression du vert!

Toujours plus à l'est, nous poursuivons notre route vers Tarim. La piste quitte quelques temps le wadi et passe le long de nombreux bordjs (forts) en pisé. En bord de route, des troupeaux de chèvres accompagnés de bergères coiffées d'un étrange chapeau typique de la région. Mais ces femmes sont hostiles vis à vis des touristes et n'hésitent pas à nous lancer des cailloux dès qu'elles aperçoivent un appareil photos.

Tarim. Encore une imposante construction, le palais du sultan. Nous sommes frappés par le nombre de mosquées. Le guide dit qu'il y en aurait une par jour de l'année. La plus ancienne remonte au VIIème siècle. La plus célèbre, la mosquée Al-Muhdar est dominée par un minaret de terre séchée de plus de quarante mètres de haut, le plus élevé du Yémen. Tarim est célèbre également pour ses palais, une trentaine de bâtiments construits dans les années 1900, par de riches familles de marchands de l'Hadramaout.

Nous nous promenons dans la ville. Les gens sont curieux de savoir d'où nous venons. Ils sont souvent hostiles voire vindicatifs en pensant que nous sommes américains. Notre guide les rassurent en précisant que nous sommes européens. Mais on ne se sent pas trop en sécurité et nous nous replions vers notre « funducq » pour la soirée.

Maison décorée - Village de Sif
Un village de l'Hadramaout

Il est temps de rejoindre la côte et nous prenons la direction de Sif où une fois encore nous passons la nuit dans un funduq. Mais il fait trop chaud et nous décidons, chauffeurs et guide compris, de déménager nos matelas sur le toit de l'immeuble. Le propriétaire n'est pas d'accord. Quelques rials (monnaie yéménite) suffisent à obtenir son accord. Après le dîner, chacun s'installe sur son matelas pour une nuit réparatrice. Nous sommes réveillés en sursaut par la voix du muezzin crachée par un haut parleur situé juste au dessus de nous. Personne ne l'avait remarqué auparavant. Un des chauffeurs descend les escaliers en catastrophe. On s'interroge. Il remonte avec une pince coupante en main et coupe court au chant du muezzin. Je n'en crois pas mes yeux. Un musulman se permettant un tel geste, en plus au Yémen. Ses collègues ne disent rien, pas même une légère protestation pour la forme. Chacun se retourne sur son matelas et nous poursuivons notre nuit jusqu'au lever du jour.

Toujours vers le sud, direction le wadi Dawa'n. Nous traversons des petits villages aux maisons décorées. A un moment, arrivé sur un petit col, le chauffeur stoppe son véhicule. Il farfouille dans le coffre et en ressort une kalachnikov, l'arme et tire quelques coups de feu. J'interroge le guide qui très sérieusement déclare que parfois il y a des enlèvements de touristes par des rebelles à cet endroit. Si personne ne répond à nos coups de feu, cela signifie que la voie est libre et que nous pouvons continuer notre route. On se regarde avec mes compagnons de voyage. Est ce du lard ou du cochon? Mais le guide a l'air tellement sérieux.... Aucun coup de feu en réponse; nous continuons donc notre route vers Al Muk'alla et l'océan indien avec ses longues plages de sable blanc entièrement désertes.

Al Muk'alla

Puis longue route vers la ville d'Aden où on voit beaucoup de carcasses de chars et de camions, vestiges de la guerre civile de 1994.

Petit place de la vieille ville d'Aden

Arrivés à Aden, nous logeons dans l'ancienne demeure d'Arthur Rimbaud transformée en hôtel.

Partis visiter la vielle ville, nous sommes attendus à notre retour par des policiers en armes. Nous nous regardons avec inquiétude. Le chef nous explique dans un anglais que nous comprenons, que nous devons faire nos bagages et que nous devons quitter la ville. Il y a eu un attentat dans la matinée et pour des raisons de sécurité nous devons partir. Il s'agit d'une attaque contre le navire destroyer américain USS Cole. Le navire a été frappé par un bateau pneumatique de type zodiac bourré d'explosifs qui a perforé la coque, tuant dix-sept marins et en blessant cinquante autres. Les deux kamikazes pilotant l'embarcation sont morts aussi dans cet attentat suicide, qui fut revendiqué par Al-Qaida.

Le temps de récupérer nos bagages, deux automitrailleuses de l'armée viennent rejoindre les policiers. Nos deux 4x4 sont également présents, avec chauffeurs et guide. Efficace, la police pour retrouver les gens! Nous quittons Aden dans l'après-midi vers le nord à destination de Ta'izz. Les autorités d'alors avaient une vraie hantise des enlèvements de touristes! Nous partons en convoi, un policier en armes monte dans chacun de nos véhicules, encadrés par les automitrailleuses.

Nous réalisons alors que nous étions les seuls touristes présents et exfiltrés d'Aden. Le convoi attaque la route à vive allure, toute sirène hurlante. Dans les villages, les habitants, sans doute pro-gouvernementaux, nous entendent arriver et nous balancent des cailloux en guise de bienvenue. Plusieurs projectiles atteignent notre véhicule.

Arrivés dans une zone plus calme, c'est à dire entre deux villages, je demande au chauffeur de faire un pipi-stop. Echanges de radios entre les différents véhicules et on s'arrête. J'en profite pour demander au chef d'arrêter les pimpons et d'éviter ainsi les caillassages. Pas de problème, nous poursuivons notre route plus tranquillement jusqu'à destination. Ainsi s'achève cette journée mémorable du 12 octobre 2000.

Maison typique construite sur un rocher - Région de Muk'alla
Région de Sana'a

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis direction Sana'a et retour vers l'Europe.

Entrée de la vieille ville de Sana'a

Depuis le tourisme dans cette région est très compromis et pour combien de temps encore l'accès à ce surprenant pays sera t-il difficile voire impossible ?

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Street art à Phuket (Thailande)

25 Août 2021

 

Après la visite du « Big Bouddha » de Phuket en Thaïlande, temple bouddhiste avec une statue monumentale de 45 mètres de hauteur, je me rends vers la plage de Kata sur la côte ouest pour un bon bain rafraîchissant.

J'aime bien Kata, la plage est agréable hors saison touristique et en ces temps de pré-covid, elle est quasiment déserte.

Quand on se baigne et que l'on regarde la plage, on ne voit qu'une ligne de filaos et de palmiers qui masque la présence la présence du Club Med' occupant la totalité du front de mer. C'est ce qui a préservé la plage de Kata, sinon il est probable que le littoral aurait été envahi d'immeubles comme c'est le cas à Patong ou Karon.

Après une douce somnolence à l'ombre des filaos, bercé par le piaillement des mainates très nombreux sur la plage, il faut penser à rentrer. Je me dirige vers mon véhicule de location garé à proximité. Il y a là un peintre de street art en plein action en train de terminer la décoration d'un des murs d'enceinte du Club Med'. Je m'approche pour le regarder travailler.

Plage de Kata

Il peint un drôle de petit bonhomme avec de gros yeux, mais sans bouche, assis sur une plage. Il y a également deux petites pieuvres avec de grands yeux. Autour de l'artiste, tout un assortiment de bombes aérosols parmi lesquelles il attrape la bonne couleur pour mettre quelques touches finales à son œuvre. Il vient de s'apercevoir de ma présence et avec un grand sourire ajoute sa signature : Amann.

Avec mon anglais approximatif, j'engage la conversation et lui dis que j'aime bien ce qu'il fait, moi qui ne connais rien dans le street art !.

Décoration du mur du club Med de la plage de Kata

Voyant mon intérêt il me propose de me montrer d'autres peintures réalisées dans le secteur. Quelques mètres et il me fait découvrir un autre mur décoré par un de ses dessins. Il jouxte un petit « café gallery » sympa décoré de ses toiles.

Toujours le même petit bonhomme entouré de pieuvres. Il m'explique que sa mascotte s'appelle Mute et il n'a que des yeux et pas de bouche car il ne parle pas. Il voit tout mais ne dit rien !

De fil en aiguille, il me propose, si cela m'intéresse, de me faire découvrir quelques unes de ses œuvres et nous nous retrouvons devant un mur proche de la plage de Rawaï. La fresque représente son petit bonhomme Mute jouant avec une cocote en papier. Amann pose pour la photo. Il se fait tard et nous décidons d'un rendez vous pour le lendemain afin de découvrir quelques unes de ses fresques dans Phuket town.

L'artiste devant son oeuvre

Nous nous retrouvons devant la tour de l'horloge de la vielle ville. Juste derrière et en face d'un petit temple chinois, il m'entraine dans un ancien cinema à ciel ouvert qui est maintenant une vraie gallerie d'art. L'endroit est incroyable et Amann m'explique qu'un coin de mur est offert aux artistes de passage. Amann me fait découvrir d'autres endroits comme des vieux murs ou des portes de garage qui décorés redonnent un coup de jeunes au quartier.

Un vieux mur décoré
Une porte de garage

A deux pas du mythique ON ON Hôtel où Leonardo Di Caprio s'étendait dans la scène d'ouverture du film “La plage”, un autre petit café ouvert sur la rue décorée par Amann. Il tient à me montrer son atelier où il expose quelques toiles mettant en scène souvent son personnage fétiche. C'est un véritable artiste.

Toile intitulée "La dernière allumette"

Il projette de lancer sa propre marque avec une collection de vêtements uniques en jean! Il y a aussi une vespa peinte par ses soins qu'il vient d'exposer. Il se lance même dans des customisations de planches de skate mais Mute est remplacé par des pieuvres !.

Nous nous quittons comme de vieux amis en nous promettant de nous revoir lors de mon prochain voyage dans l'île.

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Chez les Miaos aux longues cornes de bois - Village de Suoga dans la province de Guizhou (Chine)

20 Août 2021

Je me trouve actuellement dans un bus chinois en compagnie de deux amis. Nous avons quitté Kumning, la grande ville du Yunnan, depuis quelques jours et nous allons à la rencontre des nombreuses ethnies vivant dans cette province. Le Yunnan regroupe pratiquement la moitié des ethnies reconnues officiellement en Chine. Nous venons de traverser la magnifique région des rizières en terrasse de Yuanyang.

Région de Yuanyang

Nous sommes à la recherche des Miao à grandes cornes de bois dont les femmes sont reconnaissables à leur énorme coiffure.

Plan de situation du Yunnan

Interrogé sur cette ethnie, le chauffeur du bus nous conseille de descendre au village de Jinping où nous devrions satisfaire notre curiosité. Nous trouvons une chambre dans un petit hôtel local; ce n'est pas très propre et les lits ont manifestement déjà servi! On installe donc nos sacs de couchage par terre et nous partons à la découverte du village. Un de mes amis qui parle un peu chinois, apprend qu'il y a un gros marché demain à une heure de bus d'ici.

Le lendemain nous partons donc pour le marché en question. Nous ne sommes pas déçus car nous rencontrons une bonne dizaine d'ethnies toutes aussi étonnantes les unes que les autres. La tenue la plus spectaculaire est sans conteste celle des femmes Miao Fleuries dont la coiffe ressemble à un abat-jour! Il y a également des Lahu dont la coiffe ressemble à une casquette, des Lao avec leur haute coiffure noire et liseré bleu et aussi des Yao avec leur cornette rigolote. Les hommes ne présentent pas de tenue remarquable mais fument souvent d'énormes pipes à eau.

Jeune femme Miao fleurie
Femmes Yao à cornette rouge

Après quelques jours passés dans la région à visiter les villages autour de Jinping, nous poursuivons notre périple vers l'est en direction de la province du Guizhou. Nous logeons souvent chez l'habitant où nous nous trouvons pour le nouvel an chinois . Nous avons beaucoup trinqué avec nos hôtes; l'alcool de riz et la soupe chinoise ne font pas trop bon ménage! Nous avons même essayé de fumer la pipe à eau... Nous questionnons nos différents hôtes sur les Miao à grandes cornes de bois mais ils ne semblent pas connaître.

Chemin faisant nous traversons de nombreuses bananeraies et quelle n'est pas notre surprise de voir inscrit sur certains emballages « PRODUCT OF ECUADOR »!

Enfin un des chauffeurs de bus a entendu parlé d'un village où habiteraient des Miao à grandes cornes de bois ; il s'agit du village de Suoga. Il nous faut reprendre les bus de ligne car c'est assez loin. Nous traversons de nombreux villages. Bercé par le bruit du moteur, je me suis assoupi. Je suis réveillé par un de mes amis qui m'annonce qu'on descend pour voir le marché de la grande ville de Tingdong. Là encore nous avons droit à un festival vestimentaire où les différences ethniques se font surtout par la forme des tabliers ou par le style de la coupe de cheveux des femmes.

Nous sommes toujours à la recherche des fameux Miao à grandes cornes de bois. Mais il y a de quoi s'y perdre avec toutes ces sortes de Miao. Heureusement notre chinois plus que rudimentaire nous permet de demander notre chemin. Car trouver Suoga n'est pas chose facile, surtout que le village ne figure pas sur notre carte routière compte tenu de son échelle ! Enfin un taxi qui connaît et accepte de nous y conduire.

Dans les rues du village de Suoga

C'est en pleine montagne et la route qui y mène est difficilement praticable pour un véhicule ordinaire. L'état de la route s'aggravant, le chauffeur du taxi refuse d'aller plus loin. Nous terminons le dernier kilomètre à pied. Le village est tout petit, à peine une cinquantaine de maisons mais les gens sont très accueillants. On trouve tout de suite où loger chez l'habitant; on décide d'y rester deux nuits et de vivre une journée complète avec les Miao à grandes cornes de bois. Leur coiffure est vraiment impressionnante, au moins soixante dix à quatre vingt centimètres de large. Le soir arrive vite et nous rentrons chez nos hôtes qui ont préparé un peu de riz et des légumes sur un feu, style fourneau malgache, trônant au milieu de la pièce. Je m'aperçois que c'est la seule et unique pièce de la maison et qu'il faudra partager avec la famille qui compte au moins huit personnes. Je me demande comment nous allons nous organiser. Devant mon air interrogatif le grand père de la maison m'indique une sorte de mezzanine accessible par une échelle. C'est le coin des enfants. Il me montre deux lits que l'on distingue dans l'obscurité pour les parents et les grands parents. Nous dînons à la lumière de nos lampes de têtes et du feu de bois car il n'y a pas d'électricité dans le village. Nous installons tant bien que mal nos sacs de couchage sur la terre battue et sombrons rapidement dans un sommeil réparateur.

Au coin du feu chez les Miaos aux longues cornes de bois

Le lendemain matin, dès l'aube, nous avons tout le loisir d'assister à la mise en place de la fameuse coiffure par la maîtresse de maison. Sur le devant de la maison, incrustée dans le mur, il y a une petite glace. Elle commence par fixer fermement une sorte de corne en bois à son chignon. Devant la petite glace, elle enroule ensuite en nid d'abeille une longue écharpe noire de plusieurs mètres autour de la corne. Enfin elle fixe le tout à l'aide d'un ruban blanc.

Préparation de la grande écharpe
Installation de l'écharpe
Jeune femme Miao à longues cornes de bois devant sa maison; on remarquera le petit miroir incrusté dans le mur

Je remarque que chaque maison est équipée de la fameuse petite glace et que toutes les femmes du village sont actuellement occupées à l'installation de leur volumineuse coiffe. Il semblerait que les femmes Miao s'équipent de la sorte pour vaquer à leurs occupations quotidienne. Il nous faut bien sûr essayer les coiffures sous les rires de l'assistance. Personnellement cela ne me va pas trop mal, mais c'est assez lourd, plusieurs kilos. Nous pouvons nous promener dans tout le village et les gens nous invitent à entrer chez eux. Ils sont contents de nous faire visiter. Une femme tient absolument à nous montrer son antique métier à tisser et nous faire une démonstration de ses talents. Demain, nous devons quitter ce sympathique endroit pour Guiyang, la capitale régionale.

Sourire de Suoga

Nous rejoignons la route principale à pied; les villageois ont mis nos sacs sur des buffles. Ils restent avec nous jusqu'au passage d'un bus; encore des adieux émouvants! Nous continuons notre voyage vers la grande ville de Guiyang en bus; cela devrait prendre au moins une journée..

Le soir nous trouvons à dormir chez une femme d'un certain âge qui nous prépare également le dîner. Pendant le repas arrive une très vieille femme, la mère de notre hôtesse. Je m'aperçois qu'elle a la démarche hésitante et je regarde, stupéfait, la taille de ses chaussures. Mes compagnons de voyage l'ont également remarqué.

Vieille femme aux "petits pieds"

C'est une femme aux petits pieds; elle doit être une des rares survivantes de cette coutume ancestrale des pieds bandés qui a survécu en Chine jusqu'au début du XXe siècle. C'était un soi-disant critère de beauté dans l'aristocratie. L'interdiction de cette pratique remonte à la chute de la dynastie Qing en 1912 et fût décidée par le gouvernement de la première république de Chine.. Mais en réalité elle a été vraiment interdite en 1949 par la République Populaire de Chine. La dame a accepté de se laisser prendre en photo. Elle semble très fière de montrer son « infirmité ». Elle veut ôter ses petites chaussures pour nous montrer ses pieds. Nous la laissons faire tout curieux de voir cela. Affreux, il n'y a pas d'autres mots; les doigts de pieds sont passés sous la plante des pieds et forment un magma informe ; le tout ne dépassant pas les dix centimètres. Aucun d'entre nous n'a envie de prendre une photo ! La fille explique que la taille idéale du pied, selon la référence de l'époque, doit être de sept à huit centimètres. C'est la taille nommée le « lotus d'or ».

Le lendemain matin nous quittons nos hôtesses après une nuit de cauchemars et de monstres aux petits pieds! Je n'oublierai jamais cette vision!

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Ancien royaume de Gugé - Tibet

19 Août 2021

Nous venons d'arriver, avec un ami, dans le petit village de Thöling à la découverte du Royaume de Gugé au Tibet. Ce royaume abrita du Xème siècle au milieu du XVIIème siècle une remarquable civilisation et fut une des sources du renouveau bouddhiste dans la région. Ses capitales furent Thöling et Tsaparang situées dans la vallée de la Sutlej, un affluent de l'Indus. Nous sommes accompagnés d'un guide tibétain et d'un chauffeur han.

Notre but est de visiter les grottes de la région abritant, dit-on, de magnifiques peintures. Un musée à « ciel ouvert » si on peut dire ! D'après la lecture des guides de voyage sur la région, il y aurait plus d'un millier de grottes recelant de nombreuses peintures.

Plan de situation du royaume de Gugé

Après plus de mille deux cents kilomètres de pistes depuis Lhassa et la découverte des hauts plateaux du Changtang, nous sommes enfin sur place . Après la visite du petit monastère de Thöling, nous établissons notre bivouac à proximité du village de Tsaparang, distant de quelques kilomètres.

Village de Tsaparang

Cette ancienne capitale est un champ de ruines; quelques bâtiments en pisé tiennent encore debout malgré l'érosion ou les tremblements de terre. Une vaste forteresse perchée sur un éperon rocheux domine le site. On y accède par un long tunnel creusé dans le rocher.

Le temple rouge

Nous débouchons sur un panorama absolument magnifique surplombant la vallée de la Sutlej.

Vue sur la vallée de la Sutlej depuis le temple rouge

Le temps étant au beau fixe, la vue sur la chaîne de l'Himalaya est à couper le souffle. Le guide nous désigne au loin le mont Kamet (altitude 7750 mts) situé en Inde. Nous découvrons un bâtiment relativement bien conservé, le temple rouge. On peut y voir quelques rares peintures murales, certaines en bon état d'autres plus nombreuses très dégradées. Quelques unes sont en cours de restauration. Un peu plus loin, les vestiges d'un grand stupa (chörten en tibétain). Avec mon ami, nous sommes un peu déçus d'avoir fait tant de kilomètres pour voir si peu de fresques tant vantées par les guides touristiques. Evidement le paysage est vraiment hors du commun, mais on reste quand même sur notre faim. La poursuite de notre exploration nous prend la journée à crapahuter dans les ruines et découvrir quelques vestiges d'habitations. En redescendant vers la vallée à travers la ville, nous tombons sur une sépulture à ciel ouvert qui, compte tenu de l'odeur, doit être encore en activité !

Vue sur le mont Kamet

J'essaie d'imaginer la vie de ces habitants de l'époque qui soulève de nombreuses questions comme par exemple :. comment la forteresse était elle alimentée en eau ? Ou pourquoi les habitants ont ils abandonné la ville ?

De retour au campement, nous expliquons au guide que concernant les grottes, on s'attendait à plus spectaculaire.

Devant notre déconvenue, le guide nous parle de deux autres sites avec de nombreuses grottes abritant également des peintures murales. Il s'agit de Dungkar et de Piyang. Il a déjà été à Dungkar mais simplement entendu parlé de Piyang et ne sait pas trop où cela se trouve. Le chauffeur est chargé de se renseigner sur ce dernier point auprès des villageois.

Il est temps de quitter les lieux pour Dungkar. Nous trouvons facilement à installer notre campement à l'entrée du village où vivent quelques familles. Renseignements pris, les grottes sont fermées à clé et il nous faut trouver le gardien. Le bouche à oreille marche aussi très bien dans la région et le rendez vous est fixé pour le lendemain matin avec notre « saint pierre » local.

Forteresse de Dungkar

Pour l'heure, nous grimpons jusqu'aux ruines de la forteresse. Quelques murs encore debout et une vue magnifique sur la chaîne de l'Himalaya. Le guide qui, je le découvre, connaît parfaitement la chaîne de l'Himalaya, nomme les différents sommets dont le Nanda Devi (altitude 7815mts) situé en Inde. Je ne pensais pas être aussi proche de l'Inde.

Dés l'aube le gardien est déjà à nous attendre devant nos tentes. Nous sommes rapidement à pied d'oeuvre pour découvrir ces fresques du XIème siècle.

Nous ne sommes pas déçus. La première grotte que nous ouvre le gardien, est absolument décorée du sol au plafond. Pas un centimètre carré vierge de peinture. Magnifique ! D'autres grottes, d'autres peintures pour la plupart bien conservées. Là aussi, certaines grottes commencent à être restaurées ; signe que l'état commence à prendre en compte ce véritable trésor artistique ! Il y a là une série de fresques que nous avons du mal à interpréter, elles représentent, nous semble t il, des gymnastes en action. Surprenant.

Fresque de Dungkar représentant un gymnaste?
Une fresque de Dungkar

D'autres représentent des mandalas ou des représentations du bouddha. Il nous aurait fallu un guide un peu plus expert pour avoir quelques informations sur les superbes fresques que nous avons sous les yeux. Quoiqu'il en soit, nous ne nous lassons pas d'admirer le spectacle de ces peintures vieilles de près d'un millier d'années ; mais aussi le panorama que nous contemplons durant de longues minutes ; pas besoin de parler...

Une des ombreuses fresques de Dungkar relativement dégradées

De retour au campement, nous revenons à la charge pour la visite de Piyang.

Après de longs palabres pour convaincre notre guide et surtout le chauffeur de nous conduire sur le site de Piyang quasi inconnu du tourisme à l'époque.

Nous comprenons rapidement pourquoi le guide n'est pas trop chaud pour nous y conduire ;la région n'est pas autorisée aux touristes et il craint pour sa licence.

Le chauffeur ayant obtenu les informations nécessaires auprès du gardien, nous prenons la route vers Piyang. Le paysage est extraordinaire ; la route est bordée de falaises étrangement sculptées par le vent et toujours une vue panoramique sur la chaîne de l'Himalaya.

Quelques dizaines de kilomètres et nous nous retrouvons face à une colline percée de grottes et surmontée d'une forteresse dont la peinture rouge subsiste par endroits. Cela ressemble à Dungkar mais sans gardien. Après avoir installé notre campement sous le regard amusé de quelques villageois, nous nous faisons guider par l'un d'entre eux vers l'entrée des grottes.

Site de Piyang

Là encore quelques magnifiques peintures admirablement conservées, mais aussi de très nombreuses en mauvais état. Il est assez difficile voire dangereux d'accéder à certaines grottes car il n'y a pas d'accès aménagé et il faut être un spécialiste de la varappe ! Malgré tout, nous sommes heureux d'être parvenus à ce site ; nous avons l'impression d'être les « découvreurs » de l'endroit.

Une fresque de Piyang

Les sites de Dungkar et de Piyang me rappellent les grottes dites des mille bouddhas de Kizil ou de Mogao au Xinjiang en moins organisés et encadrés et sans les nombreux touristes tant chinois qu'étrangers; ce qui n'est pas pour nous déplaire ! Mais c'était il y a bien longtemps, tout cela a dû changer.

Cette balade insolite à la recherche des fresques perdues du royaume de Gugé se termine et nous poursuivons notre route vers le célèbre mont Kaïlash.

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PENDJAB

20 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

Voilà le voyage se termine sur la fermeture de la frontière indo-pakistanaise - WAGHA

 

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PENDJAB

20 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

En attendant la fermeture de la frontière - WAGHA

 

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PENDJAB

20 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

Le drapeau retourne vers son point de rangement en attendant demain - WAGHA

 

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PENDJAB

19 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

Le drapeau est soigneusement plié - WAGHA

 

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PENDJAB

19 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

Les deux camps sont synchrones pour l'amenée des couleurs - WAGHA

 

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19 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

WAGHA

 

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PENDJAB

18 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

Manière particulière de défiler des soldats indiens - WAGHA

 

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18 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

WAGHA

 

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PENDJAB

18 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

La grande séance d'invectives continue - WAGHA

 

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17 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

Militaire indien apostrophant les militaires pakistanais - WAGHA

 

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17 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

Invective des gardes frontières pakistanais - WAGHA

 

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17 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

Militaire indien invectivant ses homologues pakistanais - WAGHA

 

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16 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

Militaire indien - WAGHA

 

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16 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

Parade des militaires indiens - WAGHA

 

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16 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

Les arènes côté pakistanais - WAGHA

 

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15 Juin 2020 , Rédigé par . Publié dans #PENDJAB

Frontière indo-pakistanaise - WAGHA

 

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